Le populisme et les médias

NB: Les illustrations sont de la rédaction

Par Romaine Jean

Les discours de haine montent de partout en Europe, à quelques mois des élections européennes. Les médias peuvent contribuer à inverser la tendance.


Matteo Salvini et Joachim Brudzinski au Parlement européen

L’homme fort du gouvernement italien Matteo Salvini a rencontré en début d’année son homologue polonais Joachim Brudzinski, pour célébrer une sorte d’Internationale du populisme triomphant, avant les élections européennes de mai, qui s’annoncent menaçantes. Auparavant, il avait bruyamment mis en scène son amitié avec Orbàn le Hongrois, tenant, comme lui, d’une ligne dure contre l’immigration. Est-ce une coïncidence si c’est dans cette partie d’Europe que le maire de Gdansk a été sauvagement poignardé ? La main de l’assassin de Pavel Adamowicz a-t-elle pu être guidée par les appels à la haine qui montent de partout. « Les mots ont tué mon mari », a dit l’épouse de l’élu, qui était un humaniste et un homme d’ouverture. La télévision publique polonaise a été mise en cause et des manifestants se sont massés à ses abords pour demander l’abandon de la «propagande haineuse».

En Italie, des hommes comme Adamowicz sont depuis des années conspués sur les blogs des ténors de la Ligue. Ils sont réparés et pistés par les algorithmes des 5 Stelle. En Hongrie où l’écrasante majorité des titres de la presse sont dans les mains du pouvoir, ils sont haïs et pointés du doigt. L’indignation et les luttes de classe qui faisaient autrefois de la gauche, ont peu à peu cédé le pas à la fureur, la rage et la colère, qui cherchent et trouvent des cibles.

Comment ne pas voir que le tableau est sombre et que les démocraties européennes vivent une crise sans précédent, depuis la fin de la guerre mondiale. Dénoncer les dangers du populisme ne suffit cependant pas, il faut le comprendre et les médias ont un rôle central à jouer en cette période fragile de l’Histoire. Pour l’instant, ils sont pris en tenaille entre un pouvoir qui les méprise et un public qui les contourne. Et souvent obnubilés par une posture idéologique qui les éloigne de la base de ces hommes et femmes qui se laissent séduire par les sirènes du populisme.

On devrait suivre de près ce qui se passe en Italie, ou des années de gabegies, de bunga bunga et de Cavaliere ont porté au pouvoir des légistes et un mouvement crée par un comique, qui ne fait plus rire personne.  Il s’est passé dix ans depuis les premiers « Vafancullo Day » de Beppe Grillo et le mouvement que l’on croyait une bulle, dirige désormais l’Italie. Sans structure et sans programme autre que des revendications, repérées par des algorithmes.

Beppe Grillo

Beppe Grillo et sa bande se contentent de dénoncer les élites et chaque journaliste sait en Italie que la moindre critique vaut des torrents d’insultes sur les réseaux sociaux. En plein cœur de l’Europe, un miasme empeste et même si l’histoire bégaye et ne se répète pas, on ne peut s’empêcher de frémir. L’Italie est-elle un laboratoire ? Annonce-t-elle ce qui pourrait se passer ailleurs

L’excellent essayiste Giuliano Da Empoli, dans son ouvrage «la rabbia e l’algoritmo» donne une recette pour contrer le populisme dans son pays : retrouver un personnel politique de qualité, porté par de vraies valeurs et le souci de la collectivité.

La circulation sans entrave de l’information et les réseaux sociaux sont sans doute pour beaucoup dans cette parole de haine libérée. Le Verbe comme l’information sont devenus gratuits et on en profite. Cependant, il s’avère que dénoncer ne suffit pas. Aux Etats-Unis, les démocrates s’y cassent les dents. Et la presse aussi, qui doit certes enquêter et documenter mais surtout comprendre les raisons qui portent les populistes au pouvoir. Et ces motifs existent qui vont des peurs éveillées par la globalisation, l’ouverture des frontières, l’immigration à la colère devant l’injuste répartition des richesses. En France, chaque office postal qui ferme assure des voix à Marine Le Pen.

Il faut prendre au sérieux non pas les populistes mais le populisme.

Romaine Jean, Bilan 30.1.2019

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