Sauvé (et plébiscité) par la population, l’audiovisuel public suisse forcé de vite se réformer

Il y a juste un an, les Suisses, consultés par référendum, affirmaient haut et fort – à près de 72% — leur besoin de service public audiovisuel. Les entités régionales de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) pouvaient donc continuer à informer et divertir la Confédération.

Mais pas n’importe comment, ni à n’importe quel prix.

« On avait gagné, mais cela ne faisait que commencer ! Déjà, nous avons eu 8% de budget en moins », a expliqué, cette semaine à Paris, son patron Gilles Marchand devant les cadres de France Télévisions. Et surtout, la SSR, qui emploie 6.000 personnes, se devait de mieux répondre aux nouveaux usages du public, aux nouveaux concurrents Internet, à la révolution numérique. « Une révolution qui est sociologique, et non pas technologique », rappelle-t-il.

Le groupe suisse s’est donc engagé à rééquilibrer considérablement ses activités broadcast et numériques :

De cet épisode qui a profondément marqué le groupe, Gilles Marchand a appris 4 leçons :

  1. L’émergence de nouvelles alliances politiques très improbables. Notamment des conservateurs populistes avec les jeunes libertariens ayant un ennemi commun : les institutions. Un bloc disparate, très difficile à affronter. « Soyez vigilants ! »
  2. Contre intuitivement, la forte adhésion des jeunes au service public. La tranche d’âge qui a le plus soutenu l’audiovisuel public ? Les 18-25 ans ! Ils adhèrent à ses valeurs autour de la culture, de la musique, du cinéma. « Ce que nous représentons est supérieur à ce que nous faisons ». 
  3. La nécessité d’avoir un dialogue direct avec la société. Et non via différentes parties prenantes, comme les partis politiques, les associations, etc…
  4. La grosse demande de partenariats public / privé. « Il faut que d’autres se battent aussi pour vous« .

Il en tire aussi trois enseignements pour l’avenir du groupe:

  1. La performance (la part de marché d’audience TV) ne sert pas à légitimer son existence. « Ce n’est pas le bon indicateur ». Il reste toutefois à mieux définir son empreinte digitale.
  2. La numérisation n’est pas un but, mais un moyen.
  3. La vraie valeur ajoutée c’est la différence.

D’où, pour le dirigeant, la nécessité de tout faire pour gagner encore davantage la confiance du public, en montrant notamment plus de transparence sur les choix de programmes et de sécurité autour de ses données.

Le groupe SSR exploite 7 chaînes de télévision, 17 stations de radio. Il est financé à environ 80% par la redevance et à 20% par des revenus commerciaux.

Un immense débat de société dans toutes les couches de la société a eu lieu en 2017 et début 2018 en Suisse –pays connu pour ses nombreux référendums d’initiative populaire– après que trois jeunes libertariens de Zürich ont estimé qu’il n’était plus légitime de payer la redevance TV et qu’il fallait mettre aux enchères les concessions TV et radio. La société civile s’est saisie du sujet, des campagnes ont surgi sans contrôle de la SSR qui ne pouvait faire faire campagne. Seulement accueillir les débats sur ses plateaux, y compris les partisans de sa propre disparition, qui en septembre 2017, selon les sondages, représentaient la moitié de la population !

Tous les cantons ont finalement rejeté cette initiative à 71,6% et évité un possible effet domino en Europe.

Sourc Méta-Media

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