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13 septembre 2011 (admin) - Ridha Bouabid, représentant permanent de l’Oif auprès des Nations unies : ‘Le consensus autour du principe du multilinguisme ne se traduit pas toujours en pratique’

Ancien représentant de l’Oif auprès de l’Onu à New York, ainsi qu’auprès de la Banque mondiale et du Fmi, le Tunisien Ridha Bouabid, actuel ambassadeur de la Francophonie, à Genève, a dirigé la division Paix – sécurité de la Délégation à la paix, à la démocratie et aux droits de l’homme de l’Oif. Alors que le débat sur le respect du multilinguisme à l’Onu fait rage, il prend position, car la Francophonie au-delà d’être un rassemblement autour d’une langue se veut aussi le lieu de convergence de valeurs communes dont le respect de la diversité culturelle, si chère à Léopold Sedar Senghor qui y voyait un moyen d’accéder à l’Universel.

La langue française perd de plus en plus sa place au sein des organisations internationales. Que comptez-vous faire pour recréer l’équilibre entre le français et l’anglais au sein notamment des Nations unies à Genève ?

" La situation est, en effet, difficile pour tous les pays qui ne pratiquent pas l’anglais. Le Groupe francophone a tiré la sonnette d’alarme depuis plusieurs années et pris l’initiative dès 1995, avec l’appui d’autres groupes linguistiques, d’inscrire la question du multilinguisme à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies. Régulièrement et sur la base d’un rapport que présente le Secrétaire général tous les deux ans, l’Assemblée fait donc un point de la situation s’agissant de l’application du régime linguistique en vigueur au sein de l’Organisation. Mais cela est insuffisant. Le consensus autour du principe du multilinguisme ne se traduit pas toujours en pratique, et peu de mesures concrètes viennent donner corps à la volonté exprimée dans les résolutions de l’Assemblée générale en faveur du multilinguisme. Le contexte budgétaire est certes difficile, mais il n’explique pas tout.

Ici à Genève, le Groupe des ambassadeurs francophones organise régulièrement, avec notre appui, des rencontres avec les chefs et hauts responsables des institutions concernées pour marquer la préoccupation et sensibiliser sur les enjeux liés au multilinguisme. Vous vous souvenez aussi, pour avoir été parmi nous, de la table ronde sur cette même problématique que nous avons organisée en mars dernier et qui a rassemblé un nombre important de diplomates, d’universitaires et de hauts responsables des Nations unies, dont le directeur général de l’Office des Nations unies à Genève et le Coordonnateur du rapport sur la situation du multilinguisme dans les organismes du système des Nations unies (Ndlr, le Sénégalais l’Ambassadeur Papa Louis Fall), en cours de finalisation au sein du Corps commun d’Inspection des Nations unies.

Tout récemment, les Ambassadeurs francophones viennent de mettre en place, sur notre proposition, un Groupe de travail permanent sur le multilinguisme, coprésidé par les ambassadeurs de France, du Sénégal et de la Suisse. Le Groupe entend inscrire son action dans une démarche de prévention et d’accompagnement des secrétariats des organisations internationales, grâce notamment à un système de veille et d’alerte précoce. Une attention particulière sera accordée aux services de conférences (documentation, traduction, interprétation) et aux services de communication externe (porte-paroles, sites internet, etc.) de ces organisations ; le tout en veillant à assurer une coordination plus régulière avec les autres groupes linguistiques. Nous espérons qu’une telle mobilisation permanente, axée sur une approche préventive et une action de proximité auprès des services linguistiques des différentes organisations, permettra d’inverser durablement la tendance. »


Comment définirez-vous le rôle et la place de la Francophonie à l’Onu ?

« Avec ses 75 Etats et gouvernements (56 membres et 19 observateurs), la Francophonie rassemble plus du tiers des Etats membres des Nations unies. Ils sont répartis sur les cinq continents et, de ce fait, représentés dans tous les groupes régionaux que compte l’Organisation mondiale. La place de la Francophonie à l’Onu est donc importante. Sa configuration à la fois transcontinentale et nord/sud - il faut rappeler que ses membres appartiennent aussi bien au G8 qu’aux Groupes des pays à revenus intermédiaires et des pays les moins avancés - lui permet d’être présente dans toutes les délibérations et de peser sur les choix et orientations de la communauté internationale, chaque fois qu’elle a pu se présenter avec des positions concertées.

A partir des consensus qu’elle a forgés en son sein sur de nombreuses questions qui se trouvent au cœur des préoccupations des Nations unies, allant de la protection des droits de l’homme et la promotion de la paix, de la démocratie et de la bonne gouvernance, jusqu’à la maîtrise des enjeux énergétiques et environnementaux, en passant par le développement des technologies de l’information et la lutte contre la fracture numérique, la Francophonie offre une réelle contribution à la réflexion et aux travaux des Nations unies et peut faciliter l’émergence de tels consensus à l’échelle de la communauté internationale. »
Comment mieux faire pour populariser la Francophonie en Suisse ?

« La Suisse est un pays multilingue et fier de l’être. Sa dimension francophone est pratiquée avec grande aisance tant dans les milieux officiels qu’au niveau de la population. Le dernier Sommet de la Francophonie qui s’est tenu en Suisse, à Montreux, en est une parfaite illustration, je crois. Nous avons tous noté l’adhésion et la grande affluence des suisses aux multiples manifestations organisées à l’occasion.

Cela étant dit, il est toujours possible et souhaitable de développer davantage cet aspect. Nous soutenons, pour notre part, un certain nombre de manifestations culturelles à travers le pays, qui connaissent beaucoup de succès auprès du grand public, que ce soit à l’occasion de la célébration, le 20 mars de chaque année, de la Journée internationale de la Francophonie, ou tout le long de l’année s’agissant de manifestations qui valorisent la langue française et la diversité culturelle et linguistique.

Il reste aussi à mieux faire connaître les différents champs d’intervention de la Francophonie. Celle-ci n’est connue en général que comme une organisation linguistique et culturelle et peu de gens savent qu’elle intervient également dans le domaine politique ou dans celui du développement. Cela est vrai pour la Suisse que pour les autres pays de l’espace francophone. »

La Francophonie prépare en 2012 son Sommet à Kinshasa, pouvez-vous nous parler de l’importance de cette rencontre ?

« Le Sommet de Kinshasa sera le premier Sommet de la Francophonie à se tenir en Afrique centrale. La République démocratique du Congo (Rdc) est un pays meurtri par un conflit de plusieurs années, dont les braises ne sont pas encore totalement éteintes, et dans lequel plusieurs pays étaient impliqués. Aujourd’hui, la Rdc reprend progressivement le chemin de la paix et de la réconciliation et a besoin de tous les appuis. La tenue d’un Sommet de la Francophonie dans ce contexte a valeur non seulement de symbole, mais recèle clairement un message de solidarité en direction du pays lui-même et de toute la région centrafricaine ; une solidarité dans les efforts de stabilisation et de reconstruction, auxquels la communauté internationale contribue d’ailleurs de façon substantielle, à travers la Monusco, l’une des missions de paix les plus importantes jamais déployées par les Nations unies. La communauté francophone aura à cœur de marquer à cette occasion et de concrétiser sa disponibilité à accompagner la Rdc dans cette phase décisive de son histoire. »

Propos recueillis, à Genève, par El Hadji Gorgui Wade NDOYE

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