20200331 Hongrie: Une loi coronavirus qui censure la presse

Publié le 31 mars 2020 par Romaine V. Jean

Source: Libération

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a obtenu lundi le feu vert du Parlement pour légiférer par ordonnances dans le cadre d’un état d’urgence à durée indéterminée pour lutter contre le nouveau coronavirus. L’opposition juge ce dispositif « disproportionné ». En Hongrie, mais aussi à l’étranger, le texte est vu par ses détracteurs comme un instrument destiné à cimenter le contrôle du gouvernement national-conservateur, en prenant la pandémie comme prétexte.

La loi a été adoptée par 137 voix contre 53. Elle instaure aussi jusqu’à cinq ans de prison pour la diffusion de « fausses nouvelles » sur le virus ou les mesures du gouvernement, alors que les rares médias indépendants du pays font régulièrement l’objet de telles accusations.
Les nouvelles dispositions permettent au dirigeant hongrois de prolonger indéfiniment l’état d’urgence en vigueur depuis le 11 mars, sans demander l’aval du Parlement.

« Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour stopper la propagation du virus. Le projet de loi s’inscrit parfaitement dans le cadre constitutionnel hongrois », avait défendu la semaines dernière la ministre de la Justice Judit Varga. Mais la politique déployée par Viktor Orban en une décennie de pouvoir fait craindre à l’opposition que le dirigeant de 56 ans abuse de ces moyens exceptionnels: selon de nombreuses organisations indépendantes, il a déjà multiplié depuis 2010 les atteintes à l’Etat de droit dans les domaines de la justice, de la société civile ou de la liberté de la presse.
Certains parlementaires adversaires du texte n’ont pas hésité à parler de « coup d’Etat », de « cap vers la dictature ».
Un porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, a insisté lundi sur le fait que le projet de loi est limité dans le temps par les pouvoirs de révocation du Parlement et par la pandémie elle-même qui « se terminera un jour, espérons-le », a-t-il écrit sur Twitter.
Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a dit « suivre avec inquiétude les évolutions » politiques en Hongrie. Le Conseil de l’Europe a averti qu’un « état d’urgence indéfini et incontrôlé ne peut garantir le respect des principes fondamentaux de la démocratie ».
Neuf organisations de défense de la presse ont appelé les dirigeants de l’Union européenne à dénoncer une loi « qui porte atteinte aux droits fondamentaux et aux libertés des médias ».

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