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Nations Unies

22 juin 2012 (observateur) - Pour préserver et élargir la place acquise de l'OIF auprès de l’OMC: Abdou Diouf plaide pour la vigilance et un statut d'Observateur.

Conscient que l'OIF a un rôle à jouer dans une marche équilibrée de l'économie mondiale, le Secrétaire général de la Francophonie qui ne cesse de rendre vigilants les États membres sur l'importance que revêt le progrès économique pour le renforcement de la démocratie et de la solidarité a fait un vibrant plaidoyer marqué par ses connaissances pointues du commerce mondial et des relations internationales. Aux États membres de l'OIF de saisir la balle au bond!

 

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise qui, engagée dès 2007 et jugée maîtrisée en 2009, repart de plus belle, soulignant les fragilités de chacun de nos pays, chacune de nos régions. Cette crise aboutit, entre autres effets, à une recomposition générale du commerce mondial. Les pays développés, qui doivent faire face au poids d’une dette souveraine fortement alourdie par les mesures urgentes de relance prises en 2008, doivent réduire leurs déficits publics, leurs investissements, voire leurs importations destinées à la consommation privée: dans ce contexte, il semble probable qu’ils ne pourront plus, comme avant et pour longtemps, absorber une partie importante de la production et des exportations mondiales. Les pays émergents ont accru au-delà de toute limite prévisible leurs capacités de production, leurs réserves de change et leur influence dans l’économie mondiale : mais les marchés nécessaires à leurs exportations s’étiolent. Les pays les moins avancés, en particulier les pays africains, se trouvent disposer de réserves de matières premières convoitées par tous et, en raison de la jeunesse de leur population, d’une force de travail incomparable ; mais, faute de marchés solvables, de revenus suffisants et de moyens de transformation et de production fiables, ils ne peuvent mettre ces atouts en valeur et éprouvent des difficultés à accélérer la diversification et l’approfondissement de leurs économies.

Affaiblissements des marchés au Nord, étroitesse des marchés au Sud, accumulation simultanée de réserves démesurées et de dettes excessives, tout cela conduit à un chaos économique que tous estiment dangereux.


Comme toute crise, celle que nous vivons montre combien il est nécessaire que s’effectue une réorganisation profonde du commerce mondial. Pour cela, pour que de nouveaux équilibres, stables et durables, s’instaurent, nous devons résister aux tentations les plus dangereuses – le dumping d’un côté, le protectionnisme de l’autre. Alors que le commerce a engendré un monde ouvert à un point inimaginable jusqu’ici, les fermetures et les blocages qui s’esquissent ou s’expriment de toutes parts, en raison des craintes pour l’emploi ou de critères automatiques d’endettement et de solvabilité, font peser la menace d’une nouvelle aggravation et d’un nouveau retard dans la solution de cette crise.

Pour éviter cela, nous devons modifier profondément nos points de vue et nos réflexes, en nous fondant sur deux démarches complémentaires: la coordination et l’intégration.

D’abord la coordination. Il ne sert à rien, en effet de trouver des solutions locales à des défis globaux ou de vouloir imposer des réponses globales qui ne tiennent pas compte des spécificités locales. Une évaluation précise des niveaux d’action et d’efficacité propres à chaque institution, chaque entité, est plus que jamais indispensable. Ainsi l’adaptation au changement climatique réussira grâce à la fois à des mesures et des modes de gestion adoptés par les groupes industriels multinationaux, à des lois prises par les gouvernements et au changement de comportement de chaque individu dans sa vie quotidienne. Elle dépendra de l’équilibre trouvé entre les politiques environnementales, commerciales et de développement. De même, il s’avère que la valorisation des avantages comparatifs repose plus sur une démarche collaborative que sur une concurrence sans principe et sans frein et qu’elle a tout à gagner d’une régulation acceptée par les marchés de biens et de capitaux.

Ensuite l’intégration. Qu’elles soient anciennes ou récentes, les entités et collectivités, héritées de l’histoire, ne correspondent plus aux enjeux, ni aux changements des cadres géographiques, politiques et économiques. Il est certes compréhensible qu’un pays, qui vient de conquérir, parfois de haute lutte, son indépendance politique et économique, souhaite conserver la maîtrise de son destin. Mais les interactions et les contraintes sont devenues telles qu’il faut accepter de ne pas pouvoir tout faire, ni tout régler au seul niveau national. Pour améliorer le résultat final, il nous faut au contraire chercher tous les effets multiplicateurs, toutes les économies d’échelle qui découlent d’une spécialisation négociée au sein d’ensembles régionaux et d’un usage judicieux de la subsidiarité.

De ce point de vue, certains pays tels les pays francophones d'Afrique ont bénéficié d’une certaine avance: avec le même héritage juridique, des structures politiques et économiques adaptées d’un modèle général, le système centralisateur, et même, pour un certain nombre, une monnaie commune, ils ont construit l’UEMOA et la CEMAC, des dispositifs institutionnels cohérents, inscrits dans le cadre plus général de la CEDEAO et de la CEEAC. De même avec l’OHADA ils ont su valider une forme de souveraineté partagée dans un domaine important, le droit des affaires, et engager un processus d’unification de ce droit qui a pour ambition de toucher l’Afrique entière.

Mais la traduction concrète des mesures prises dans ces nouveaux cadres doit produire des effets plus profonds que ceux que l’on constate actuellement, à la fois pour leurs populations et pour leurs partenaires. Il nous faut résolument une ambition à la mesure des problèmes qui se posent.

 

La baisse d’activité des pays les plus riches, la concurrence entre pays émergents, les déséquilibres croissants entre les pays les plus pauvres ainsi que les inégalités au sein des populations montrent l’urgence de trouver des solutions aux difficultés, au blocage du Cycle de Doha, que cela prenne la forme d’une «récolte précoce», plus particulièrement orientée vers les besoins des pays les moins avancés, de paquets déjà agréés depuis dix ans, durant les négociations en cours, en matière agricole, non-agricole ou de services et de procédures, ou d’un Acte unique aménagé.

Cette approche pragmatique pourrait porter sur des questions dont les implications techniques ont été bien explorées et la faisabilité admise de façon très large:

- un accès privilégié des pays les moins avancés aux marchés, sans droit ni quota, accompagné de la réduction des subventions dans les secteurs agricoles touchant en particulier la sécurité alimentaire ;

- une accession à l’OMC facilitée pour les pays les moins avancés qui ne sont pas encore membres de l’Organisation, en mettant l’accent sur la transparence des procédures;

- un accès plus aisé, pour les pays les plus pauvres et les plus vulnérables, aux procédures de l’Organe de Règlement des Différends, leur permettant de tirer parti des décisions de cet Organe;

- l’amélioration des mécanismes d’examen des politiques commerciales, pour favoriser l’appropriation et la redevabilité au sein des pays en développement.

Je ferai une mention particulière des questions du Coton, du marché des services et de l’Aide au Commerce.

Lors de la 6ème Conférence ministérielle de Hong Kong, puis à Genève en 2009, les pays membres ont affirmé et réaffirmé leur volonté de trouver un traitement ambitieux, rapide et spécifique du dossier Coton; lors de la 4ème Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, à Istanbul, en mai 2011, la Francophonie et le Secrétariat des Pays ACP ont rappelé au cours d’un atelier spécifique l’importance d’une solution de ce dossier pour la population d’un certain nombre de pays africains, ceux du groupe C4 (Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad), mais aussi le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, etc. Nous espérons que l’année à venir verra l’adoption de mesures adéquates.

Touchant les services, tout récemment les membres ont soutenu un projet donnant corps aux engagements pris à Hong Kong et permettant l’octroi d’un traitement préférentiel aux services et fournisseurs issus des pays les moins avancés, dans le cadre du Traitement Spécial et Différencié. Au regard de la place des services dans l’économie des pays pauvres, je souhaite que ce projet aboutisse rapidement.

Enfin, le troisième examen global de l’Aide au Commerce, en juillet 2011, prenant acte des avancées faites, a conclu au maintien d’un niveau d’aide qui corresponde au moins à la moyenne des engagements de la période 2006-2008 et à une mobilisation renforcée des banques de développement pour sa mise en œuvre. Ceci est à rapprocher des conclusions du groupe spécial du G20 sur les infrastructures, qui a identifié 11 infrastructures destinées à améliorer notablement les capacités productives des pays les moins avancés.

Il est admis que la 8ème Conférence ministérielle n’est pas une Conférence de négociations. Il demeure cependant important que les décisions nécessaires sur l’avenir et l’achèvement du Cycle de Développement de Doha restent au cœur des discussions et des propositions qui seront faites.

 

Pour sa part la Francophonie continue et continuera de défendre un système multilatéral équilibré et équitable, fondé sur des institutions ouvertes et transparentes et sur des règles admises par tous. A ce titre, elle entend poursuivre sa collaboration avec l’OMC de toutes les manières possibles, en particulier en participant au renforcement des capacités de ses membres, tant en ce qui regarde l’élaboration de politiques commerciales cohérentes et prenant en compte des objectifs élargis aux questions de production, de changement climatique et de lutte contre la pauvreté, qu’en ce qui concerne les négociations proprement dites, comme elle le fait dans le cadre du projet de renforcement des capacités en négociations commerciales relatif aux Accords de partenariat économique avec l’Union européenne (projet « Hub & Spokes »). Elle continuera d’apporter une attention soutenue à l’appropriation de ces politiques et de ces négociations non seulement par les administrations et les gouvernements, mais encore par les parlements, les collectivités, le secteur privé et la société civile toute entière, puisque c’est par le biais des relations commerciales que se propagent et se diffusent l’essentiel des changements que les populations doivent actuellement affronter et maîtriser.

C’est pourquoi la Francophonie demeure très attachée au statut d’observateur qui lui avait été reconnu au niveau de la Conférence ministérielle. C’est pourquoi elle n’a jamais relâché son effort pour obtenir un statut d’observateur plein et entier, lui permettant de mener son travail de plaidoyer et de dialogue au sein même des organes et des services de l’OMC. Il semble avéré qu’après ce qui se passe pour les observateurs à la 8ème Conférence ministérielle, et dès le début 2012, l’OMC va engager un travail pour éclaircir leur statut, renforcer la transparence à ce sujet et mettre l’accent sur l’engagement de ces observateurs dans les matières relevant de l’OMC.
…»

Président Abdou DIOUF, Secrétaire général de la Francophonie.


 

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