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2015-12-23

Plaidoyer de Michaelle Jean : Des négociations commerciales multilatérales au profit du plus grand nombre

La IXe Conférence ministérielle de l’OMC à Bali avait été porteuse de grands espoirs, car elle marquait une relance des négociations commerciales multilatérales et la prise en compte par tous de l’importance de la facilitation des échanges. Dans un monde toujours marqué par la crise économique qui fragilise les sociétés depuis 2008, fluidifier les échanges devenait crucial pour l’objectif de relance de l’économie.

La Conférence de Bali avait aussi permis de renouer les fils de la confiance entre partenaires, confiance sans laquelle devenaient impossibles les compromis nécessaires au progrès dans les négociations commerciales. Un seul acteur ne peut plus désormais influer seul sur le cours des échanges mondiaux. La mise en place de chaînes de valeurs à l’échelle internationale a créé une économie mondiale où tous les acteurs sont interdépendants et les réponses sont en conséquence forcément globales et coordonnées.

Où en est-on depuis Bali ? Il est indéniable que la dynamique qui avait suivi la conclusion positive de la précédente Conférence ministérielle se soit quelque peu enrayée. La persistance d’une situation économique difficile n’a pas permis les réformes d’envergure, réformes qui peuvent avoir un coût à court terme, dont le système multilatéral a besoin pour conserver sa légitimité. La frustration grandit parmi ceux qui espéraient que l’après-Bali s’attaquerait enfin aux sujets majeurs de l’agenda du développement de Doha, au premier rang desquels les négociations agricoles et l’accès aux marchés pour les produits industriels. En parallèle, la signature de plusieurs accords régionaux et bilatéraux, notamment de l’Accord de partenariat trans-Pacifique, continue de créer une toile alternative aux négociations multilatérales.

Ce sont pourtant ces dernières qui permettent le traitement le plus équitable des priorités et intérêts de chacun, et l’OIF soutient, comme elle l’a toujours fait, un système multilatéral solide et actif où les pays s’engagent réellement.

Pour l’espace francophone, la période de l’après-Bali a aussi été marquée par l’adoption d’une stratégie économique, agréée par les pays membres lors du dernier Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement à Dakar. La voie tracée est désormais claire. Cette stratégie a pour ambition de concilier croissance économique, lutte contre la pauvreté et les inégalités, sauvegarde de l’environnement et préservation du patrimoine culturel. Cela passe par un renforcement de l’espace économique francophone et de ses acteurs afin de poser les bases d’une solidarité active.

Ainsi, l’OIF est déterminée à agir pour soutenir en particulier une plus grande et une meilleure inclusion des femmes et des jeunes dans les circuits économiques par le biais de la création d’emplois, de la formation et de l’innovation. De manière générale, l’innovation doit être au cœur de l’assistance apportée à l’entrepreneuriat francophone.

L’espace de coopération économique francophone doit être consolidé afin de favoriser les échanges d’expérience et de bonnes pratiques entre ses pays membres. Des concertations plus étroites et plus fréquentes peuvent également contribuer à cet objectif, et c’est dans ce cadre que nous souhaitons apporter tout notre soutien à l’initiative d’un réseau des ministres, hauts fonctionnaires et experts en questions commerciales africains, en voie de création.

Avant de conclure, je souhaite souligner que cette année encore, l’Organisation internationale de la Francophonie, avec de très nombreuses autres institutions internationales, ne participera pas es qualité à cette 10ème Conférence ministérielle de l’OMC, en raison de l’impossibilité d’obtenir un statut officiel d’observateur. Ce blocage, indépendant de nos efforts et de notre volonté, ne doit pas nous empêcher de débattre, ni de poursuivre une réflexion commune sur les grands dossiers du commerce international. Il nous faut cependant demeurer attentifs et nous comptons sur la vigilance et la solidarité francophones pour préserver et élargir la place de l’OIF auprès de l’OMC, tant au niveau de la conférence ministérielle qu’à celui des organes et des services de Genève. Nous comptons également sur votre soutien pour faire évoluer cette situation dans la mesure de vos moyens.

Nous sommes convaincus qu’agir sur les leviers économiques et commerciaux, c’est agir sur les mécanismes moteurs du développement et sur les facteurs de crise, qu’elle soit sociale, migratoire ou sécuritaire. 

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