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2015-12-23

« Pérégrinations parmi des peuples invisibles » : Françoise Gardiol rectifie le regard occidental sur les autres peuples.

Le nouveau livre de Françoise Gardiol, « Pérégrinations parmi des peuples invisibles » publié aux Editions de l’Aire est préfacé par l’immense écrivain sénégalais le philosophe Cheikh Hamidou Kane, auteur de « l’ Aventure Ambiguë ».  Cheikh Kane dira de l’auteure : « sa plume s’est faite pinceau, camera, lyre». « Fouilleuse je suis mais respectueuse », nous dira Françoise Gardiol (voir d’ailleurs le chapitre 2).  Les Indiens du Labrador ont dénommé fouilleux les archéologues et ethnologues sur leurs terres. Un terme teinté de méfiance sans insulte que s’approprie l’auteure. Ce livre témoigne des rencontres de l’auteure avec le reste du monde, elle donne un regard humain aux autres dans le respect des différences. Françoise (Lieberherr)-Gardiol vit à Genève et à Paris. Ethnologue formée à Paris, son parcours professionnel de recherche et d’enseignement aux Ecoles Polytechniques Fédérales de Zurich et Lausanne puis de collaboration scientifique et diplomatique au Département des Affaires étrangères pour le Développement et la Coopération suisse l’a menée sur tous les continents. Elle a dirigé et publié de nombreux essais sur les questions de pauvreté, diversité culturelle, environnement, développement durable et sur les villes. Sont parus récemment Chroniques pour l’absent, du Mali à St Petersbourg, d’Amazonie au Japon (éditions Publibook, 2009) et Le goût des mondes (éditions de l’Aire, 2012). (Rencontre).

Françoise Gardiol, pourquoi ce livre ?

« J’ai placé ce livre sous le thème du voyage, comme l’indique Pérégrinations dans le titre. Voyager est intimement lié à mon approche et mon regard d’ethnologue, à ma curiosité de comprendre le monde et les autres différents, d’aller à leur rencontre. Se prolonge dans une quête sur ma propre identité, qui suis-je parmi les autres en dehors des murs de la famille, du cercle des amis, des frontières du pays ? Un cheminement en mondes connus et inconnus. Une citation de Le Clezio me touche : «Etre à la fois ici et ailleurs, appartenir à plusieurs histoires». Le 2e chapitre Vers l’ailleurs et les autres l’explicite ».

Comment expliquez-vous le choix du titre ?

« Voyager comme je viens de le décrire, parmi des peuples invisibles, pour témoigner de ceux qui n’existent pas dans les médias et les guides touristiques, les sans- voix (4e couverture). Témoigner de la diversité culturelle pour sortir des perceptions occidentales toujours sur le même moule de pensée qui formate les déclarations de la majorité des journalistes (tu n’es pas dans le lot !), des politiciens si aveuglés par leur électorat et leur mandat à court terme, et finalement l’opinion publique. Sortir de l’ethno-centrisme. Essayer de restituer leur présence et leur parole, d’autres logiques mentales, d’autres codes de savoir être ».

Votre ancien travail au niveau de la coopération internationale a –t- il eu une influence sur l'écriture de vos livres ?

« Il est évident que mon travail au niveau de la coopération internationale a une influence sur l’écriture dans le sens que j’ai eu la chance de pouvoir « pratiquer l’ethnologie » en quelque sorte. A travers un regard ethnologique j’ai toujours cherché à saisir des vérités autres, aller au-delà du visible et repérer les tendances longues qui forment le substrat d’une culture. Dans un tel livre il y a aussi mes convictions et mon engagement ».  

Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade Ndoye

ENCADRE: 

4e couverture : Pérégrinations parmi des peuples invisibles

Peregrinari, ou « voyager à l’étranger ». Comme un souffle de vie qui me happe hors de l’ordinaire et me plonge dans un temps autre, dans un espace nouveau. A la croisée du connu et de l’inconnu sur des routes à la rencontre des autres, étranges étrangers.

Dans des contrées proches et lointaines j’ai croisé des peuples invisibles, hors des moyennes statistiques rassurantes, à l’écart des visées politiciennes, expulsés des fiertés nationales. Perdants de naissance le plus souvent. Ils vivent entre maisons d’ombre et terres sèches, en excroissance des villes, en bordure de lumière « civilisée ». Dans le manque ou la marginalité. Ils vivent aussi dans des ailleurs insolites à notre entendement. En dehors des normes occidentales qui jaugent gestes et paroles à leur seule mesure. Déformés et défigurés par les préjugés et les clichés. Du Tchad en Chine, du Brésil au Japon, de Calabre en Europe moyenâgeuse.

En pérégrinant j’ai cultivé la curiosité et le goût des mondes comme un mode de vie, les yeux ouverts sur les dimensions cachées de l’univers. Vibrant aux rencontres improbables si précieuses.  Une manière de réenchanter la vie en faisant vivre et danser les mots.

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