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2014-11-13

La bataille des langues est mondiale

La bataille des langues est mondiale

La langue française part-elle à la conquête du monde ? C’est l’hypothèse que défend notamment Jacques Attali. 230 millions de personnes la pratiqueraient. Et on peut imaginer qu’en 2050, elles seront plus de 700 millions.  Le futurologue veut croire que cette émergence pourrait induire un espace économique de poids. Mais faute d’efforts massifs, le scénario pourrait aussi s’inverser. Et voir fondre le nombre des « francophilophones ».

A Montréal, l’Organisation internationale de la francophonie a débattu du sujet à travers l’évolution des médias. L’ère du digital fait trembler les éditeurs qui parfois innovent brillamment (comme « La Presse » au Québec). La télévision de papa a aussi du souci à se faire : la video dégouline de partout sur les supports mobiles. Les organismes publics et privés rament pour rester dans le coup. Avec dynamisme et succès notamment pour TV5Monde, à laquelle la Suisse participe. Ou Canal Plus, retiré du Maghreb mais à la conquête du continent noir.

Mais par ailleurs, cette technologie donne la parole à des groupes qui, sans elle, ne l’auraient jamais eue. Un exemple impressionnant : le magazine online tunisien dirigé par Sana Sbouai, Inkyfada, de haute qualité journalistique sur la forme et sur le fond.

La spectaculaire percée d’internet et du portable en Afrique bouleverse la donne. L’information, le divertissement et le savoir se déversent chez des gens jamais habitués au papier, dans des régions jusque là isolées. L’offensive africaine de l’EPFL dans l’enseignement en ligne ouvre à cet égard de grands espoirs.

Mais qui parlera encore le français demain ? La bataille des langues fait rage, peu connue, sous-tendue d’enjeux géostratégiques mal identifiés. Le président du groupe de presse marocain L’Economiste, Abdelmounaïm Dilami, a douché les participants de la conférence. Dans son pays, le français recule au profit de l’arabe (quatre nouveaux quotidiens lancés ces cinq dernières années !) et de l’anglais. Ce grand éditeur ose la provocation: « Dans une dizaine d’années, le français n’occupera plus qu’une place marginale au Maroc. » Pourquoi ? « Parce que la France n’est plus un pôle d’attention. Elle doute d’elle-même, son rayonnement faiblit. Pourquoi rester fidèles à cette langue ? C’est le public qui en décidera.»

En Afrique subsaharienne, l’horizon n’est pas si sombre, car l’usage du français est officiel dans plusieurs pays qui en ont besoin pour leur unité. Mais là aussi, l’anglais progresse, propulsé par une politique américaine offensive. Le chinois ? Pas pour demain. Mais Pékin sait aussi jouer du « soft power » et propose à bas prix des programmes de qualité aux télés locales. Elle investirait deux milliards de dollars à cette fin.

Autre terrain de manoeuvres : l’Europe de l’est. La journaliste moldave, basée auprès de l’ONU à Genève, Margareta Stroot, constate que les Etats-Unis invitent à tour de bras des jeunes journalistes qui reviennent anglophones mais surtout acquis à la vision du monde ainsi dictée. Dans un pays pris entre les feux des propagandes américaine et russe, un espace francophone, qui existait hier, serait aujourd’hui plus que bienvenu pour une approche indépendante. Beau rêve. Dans les cours de français donnés à Chisinau, on enseigne le parler québecois ! Parce qu’ils sont fréquentés par les candidats à l’émigration au Canada.

La réalité, c’est que nombre de pays dits francophones au sein de l’organisation de ce nom ne le sont pas ou plus. Tel le Vietnam et bien d’autres. L’espoir est ailleurs : il y a plus de vingt millions de personnes qui, en ce jour, dispersés dans le monde, apprennent le français. Peut-être aussi pour échapper aux jeux d’influences des grandes puissances et des idéologies.

Qui se doute que l’Ukraine compte une dizaine de bureaux de l’Alliance française, soutenus par Paris mais émanant d’initiatives locales ? Qui sait que l’armée brésilienne encourage ses officiers à apprendre le français en plus de l’anglais. Afin de faciliter sa présence dans les missions de paix en Afrique et en Haïti.

L’enjeu est géostratégique, mais surtout culturel. Cette culture, la nôtre, peut et doit mieux rayonner. Dans la définition qu’en donne la remarquable présidente de France Médias Monde, Marie-Christine Saragosse : « La culture n’est pas un divertissement mais un avertissement. »

L'Hebdo - Jacques Pilet - 16 octobre 2014

 

 

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