Suisse: « Le périmètre du journalisme est en voie d’extension »

Par Daniel Cornu, 3 juillet 2019

  • Daniel Cornu et le médiateur de Tamedia / Publications romandes

Le journalisme n’est plus ce qu’il était. Les journalistes s’interrogent. Ils ont mis un bon siècle à construire leur identité professionnelle. Une construction lente, passée par la constitution d’organisations, syndicats ou autres, reconnues par les employeurs, les pouvoirs publics, la société.

Articulée sur un certain nombre de pratiques et de règles communes, sur des chartes de déontologie ; en Suisse, la « Déclaration des devoirs et des droits » adoptée en 1972. Consolidée, enfin, par une attention plus soutenue à la formation professionnelle.

« Le public entre en jeu. Il ne se contente plus de recevoir des informations »

L’essor spectaculaire de l’internet dans les premières années du XXIe siècle chamboule cet assemblage. Le public entre en jeu. Il ne se contente plus de recevoir des informations et des opinions, il ne s’en tient plus à des réactions. Il prend des initiatives, il agit, il propose. Il se manifeste sur les médias en ligne par ses commentaires, il occupe les réseaux sociaux.

Le ton change. L’expression de l’opinion se passe sans trembler d’argumentation. L’intérêt public n’est plus tenu par tout le monde pour un critère de publication. Les citoyens ne partagent pas la même conception de l’information que les journalistes et le font savoir. De fait, personne n’attend des blogueurs, ni des participants à des forums de discussion qu’ils assument ou partagent une quelconque mission du journalisme en démocratie. Ni qu’ils acceptent de mesurer leurs prestations à l’aune d’une déontologie propre au métier.

La question reste cependant ouverte. Sur l’internet, qui est journaliste ?

Le professionnel ne peut plus se réclamer de son statut comme d’un privilège, brandir un coupe-file ou une carte de presse, invoquer une appartenance visible et déclarée à un média reconnu. Il doit accepter la concurrence directe de nombre d’internautes offrant leur propre tableau de l’actualité.

Le périmètre du journalisme s’élargit. Le Conseil suisse de la presse, instance qui veille au respect de la déontologie du métier, s’en est saisi, en lien avec l’extension du périmètre des médias eux-mêmes. Il a publié en début d’année deux prises de position qui ne résolvent pas tous les problèmes, mais apportent de premières et utiles clarifications. La première étend la compétence du Conseil à toute publication de caractère journalistique, quel qu’en soit le support ou la périodicité. La seconde précise que les journalistes professionnels, lorsqu’ils s’expriment sur des sujets appartenant à leur domaine de compétence, sont en principe tenus au respect des règles déontologiques du métier, sur les réseaux sociaux comme ailleurs. Une manière de rappeler la place centrale de l’éthique dans la pratique du métier. Suivant l’Américaine Jane B. Singer, dans « Online Journalism Ethics » (2007), les journalistes ne définissent pas leur identité par « ce qu’ils sont » ni même « par ce qu’ils font », mais par « comment et pourquoi ils le font ».

Source: La Tribune de Genève