Liban: Prix Samir Kassir

Les finalistes et lauréats de la cuvée 2019 du Prix Samir Kassir posent avec les membres du jury, l’ambassadrice Christina Lassen et la présidente de la fondation, Gisèle Khoury. Photo DR

Une 14e édition placée sous le signe de la lutte continue pour les libertés. Deux prix sur trois ont été raflés cette année par des journalistes syriens qui se sont exprimés sur les conditions politiques dans leur pays.

Zeina ANTONIOS | L’Orient – Le Jour 31/05/2019

Année après année, le Prix Samir Kassir pour la liberté de la presse asseoit son importance dans le monde arabe. Très prisé par les jeunes journalistes de la région qui y voient une sorte d’échappatoire et un moyen d’exprimer leurs opinions dans le climat de dictature qui prévaut dans une grande partie des pays arabes, ce prix est devenu une prestigieuse distinction pour tout professionnel des médias qui veut mettre son travail en valeur et se faire connaître.

Organisé par l’Union européenne, en association avec la Fondation Samir Kassir, ce prix récompense chaque année un(e) journaliste des pays arabes dans trois catégories : l’article d’opinion, l’article d’investigation et le reportage audiovisuel. Le prix rend hommage au journaliste et historien Samir Kassir, tué dans un attentat en juin 2005 à Beyrouth.

La cérémonie de remise des prix a eu lieu hier soir dans les jardins du palais Sursock-Cochrane, à Achrafieh, en présence du ministre de la Défense, Élias Bou Saab, qui représentait le président de la République Michel Aoun, de l’ancien député Atef Majdalani, qui représentait le Premier ministre Saad Hariri et du député Michel Moussa qui remplaçait le président de la Chambre Nabih Berry. De nombreuses autres figures politiques étaient présentes tels les députés Michel Moawad, Imad Wakim ou la ministre May Chidiac, l’ancien ministre Ibrahim Najjar ou encore l’ancien député Ghassan Moukheiber.

Deux prix sur trois ont été raflés cette année par des journalistes syriens qui se sont exprimés sur le régime de Bachar el-Assad ou la guerre qui ravage leur pays depuis 2011. C’est le journaliste syrien Roger Asfar qui a obtenu la récompense du meilleur article d’opinion, pour une publication dans le quotidien panarabe al-Hayat sur la nécessité de s’éloigner du concept du héros pour bâtir une société démocratique en Syrie. Son compatriote Ali Ibrahim a pour sa part obtenu le prix du meilleur article d’investigation pour un reportage publié sur le site « Vice Arabia » sur les détenus morts dans les geôles syriennes. Le meilleur reportage audiovisuel a été attribué au Marocain Youssef Ziraoui pour un reportage sur la condition féminine au Maroc à travers l’histoire de Bouchra, une femme conductrice de bus.

En tout, 233 journalistes ont présenté leurs travaux au jury du prix cette année. Ils sont issus du Liban, d’Algérie, d’Égypte, d’Irak, de Bahreïn, de Jordanie, de Libye, du Maroc, de Palestine, de Syrie, de Tunisie et du Yémen.

(Lire aussi : Samir Kassir : chronique d’un assassinat progressif)

« Ces jeunes portent le flambeau de la liberté »

Dans une allocution prononcée pour l’occasion, Gisèle Khoury, présidente de la Fondation Samir Kassir, s’est dit heureuse de voir de jeunes journalistes toujours aussi inspirés par le parcours de Samir Kassir, 14 ans après son décès. « Samir les inspire et les conduit vers la liberté. Ces jeunes portent le flambeau de la liberté, de la démocratie et de l’État de droit », a-t-elle dit.

« En 2018, le centre SKEyes (Samir Kassir Eyes) pour les médias et la liberté culturelle a documenté 80 atteintes aux journalistes et à la liberté d’expression au Liban dont des arrestations de journalistes, des censures ou annulations de programmations culturelles, des agressions physiques de journalistes, ainsi que quatre cas de condamnations de journalistes à la prison », a souligné Mme Khoury.

« Il y a un grave problème politique. La culture de la démocratie est inexistante et le pouvoir est vide de toute vision politique capable de s’adapter à la modernité », a-t-elle déploré. « Nous poursuivons notre mission et confirmons le rôle de Beyrouth dans la promotion et la protection des journalistes libres de la région », a-t-elle toutefois assuré.

L’ambassadrice de l’Union européenne à Beyrouth, Christina Lassen, a pour sa part insisté sur le respect de l’UE pour la liberté d’expression. « À travers ce prix, nous rendons hommage aux journalistes qui dédient leur vie à un journalisme de qualité. Nous savons très bien que certains d’entre eux font cela au prix de grands sacrifices », a déclaré Mme Lassen.

« Au moment où la liberté d’expression et la liberté de la presse déclinent dans plusieurs pays, nous continuons à défendre les médias indépendants et promouvoir les lois et pratiques qui protègent la liberté d’opinion et d’expression », a-t-elle dit.

Cette année, le jury était composé du photographe franco-syrien Ammar Abd Rabbo, de la journaliste libanaise Bariha Alameddine, du porte-parole de la Cour pénale internationale Fadi Abdallah, de la journaliste et auteure marocaine Sofia Amara, du chercheur grec en affaires internationales Thanassis Cambanis, du photographe italien Alessio Romenzi et de Biljana Tatomir, consultante en médias croate.

Interrogée par L’Orient-Le Jour, Bariha Alameddine s’est dit touchée par la profusion de thématiques sociales pour la 14e édition du prix, notamment la condition féminine dans le monde arabe. Ammar Abd Rabbo a pour sa part appelé à l’établissement d’une récompense dédiée à la photographie lors des prochaines éditions.

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