Facebook: les 15 ans d’un ado encombrant

Par Romaine Jean

Facebook a eu 15 ans cette semaine et l’adolescent millénial mène le monde, au point d’être accusé de tout. Facebook fossoyeur de la presse ? de la démocratie ? Révélateur du désenchantement social ? Monstre du nouveau capitalisme ? Colonisateur mondial ?  Un peu tout cela et mais beaucoup, beaucoup plus encore. Facebook a provoqué un changement planétaire que les générations d’avant 2004, et elles sont encore majoritaires, ne pouvaient imaginer.

Les évangélistes du web du siècle dernier voyaient-ils un futur aussi écrasant ? 2,2 milliards d’utilisateurs mensuels pour la plateforme, une communauté supérieure aux églises chrétiennes, 350 millions de photos ajoutées chaque jour, 470 milliards de dollars de capitalisation boursière et une fortune de 65 milliards pour Mark Zuckerberg, le jeune rouquin à la cool, qui il y a 15 ans inventait un moyen pour pister les filles à Harvard, qu’il refusait de vendre un peu plus tard pour 1 milliard de dollars !  Joyeux Anniversaire Mark, 34 ans, l’un des hommes les plus riches de la terre ! Gourou incontournable d’un quart de l’humanité !

Jusqu’à présent, toutes les tentatives de régulation ont échoué et rien ne semble entraver l’influence de Facebook, ni les trolls russes, ni les fakenews, ni les lanceurs d’alerte, ni les Cambridge Analytica, ni les enquêtes du FBI, ni les amendes en millions de dollars, pour avoir croisé ou vendu illicitement des données. Facebook, auquel il faut ajouter Instagram, Messenger et WhatsApp, est et reste une boîte noire qui domine tout et investit tout, de la réalité virtuelle à l’intelligence artificielle en passant par les contrats sportifs. La ligue des champions est désormais diffusée en Amérique Latine et les matchs du championnat espagnol peuvent se voir dans le continent asiatique. Pour pas un sou ! Le service public suisse, qui détient la encore une sorte d’exclusivité sur son territoire, a sérieusement de quoi trembler !

Pour les médias de la veille économie, la lutte pour la survie est clairement engagée. Aucun titre n’échappe aux poids écrasant des Gafa, même pas le « New York Times », dont les employés disent chaque jour craindre pour leur emploi. Facebook a détruit la capacité exclusive des journalistes à former, voire formater l’opinion. Tant pis, tant mieux, peu importe, c’est ainsi. Et la manne publicitaire, issue du ciblage de ses utilisateurs, n’est pas près de se tarir. La plateforme a cependant contraint les médias à se remettre en cause et à évoluer. France culture a fortement progressé l’an dernier et sa page Facebook compte aujourd’hui 2,2 moi d’utilisateurs. Médiapart s’est fait une pace indétrônable sur le marché français. La NZZ s’illustre dans l’intelligence artificielle et sa stratégie pointue de mur payant a réussi à transformer les internautes en abonnés. Les 150’000 fidèles du journal historique assurent aujourd’hui 60 % de ses revenus conte 40 % pour la publicité. Il y a 10 ans c’était l’inverse. The « Economist » lance un podcast d’information quotidien. Le succès des marques phares de la RTS, comme ABE, ne se tarit pas. Facebook a massivement déstabilisé l’industrie des médias mais a aussi contraint la presse à se recentrer sur ses fondamentaux, en misant sur la crédibilité, l’enquête, la vérification des sources, en un mot la qualité.  

Première publication: Bilan, février 2019

Les illustrations sont de la rédaction.

Une réponse à Facebook: les 15 ans d’un ado encombrant

  1. nomubale dit :

    Ce visageoscopiciel, je vis sans.

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