Les médias, quatrième pouvoir ? Mon oeil !

Par Narcisse Niclass

Les journalistes, qui étaient les éclaireurs des peuples, se sont complus dans l’immobilité en simples spectateurs. Après le législatif, l’exécutif et le judiciaire, au début du XXe siècle les médias scrutaient le fonctionnement de la société et empêchaient, justement, les excès et les dérives de pouvoir. Puis le capitalisme, avec la mondialisation, a pris une force énorme. Ses acteurs se réunissent à Davos depuis plus de 40 ans. Avec l’avènement dans les années 90 du web et d’internet, l’intégration de l’écrit, du son et de l’image a en fait généré une nouvelle façon d’informer et de s’informer. Les journalistes béats sont restés sur le carreau. Le quatrième pouvoir est mort, acheté par la finance. Au XXIe siècle, il mange dans la main des trois autres pouvoirs influencés par la finance. Il a baissé son… pavillon.

Chez nous, il y a eu la disparition de La Suisse, suite à une guerre fratricide en Romandie. La Gazette de Lausanne s’est fondue avec Le Journal de Genève dans Le Nouveau Quotidien. Ce dernier s’éteint pour Le Temps. Une tentative de nouveauté avec Dimanche.ch. La création et la mort de Saturne. Une résistance avec Le Matin Bleu mangé par 20 Minutes. La triste fin de L’Hebdo. Incrédules, nous assistons à la mort du Matin. Les titres locaux aussi ont dégusté, plus de 20 titres se sont éteints dans un silence de hall de banque.  A Fribourg L’Objectif  s’est battu et développé sur plus de 20 ans pour se coucher en s’éteignant curieusement sous le titre Sept.  Fin 2018, c’est La Cité, une feuille pour intellos qui a tout de même résisté plus de 6 ans avec 3’000 abonnés. Vigousse subsiste. Micro vient de naître.

Séduits par le pouvoir de la finance, les journalistes ont souvent trahi leur rôle de quatrième pouvoir. Ils se sont consacrés à de vagues combats corporatistes sans voir la révolution numérique qui déferle encore. Leur caste n’a pas résisté. Les journalistes se sont laissé endormir par les sirènes de la finance en confondant information et communication. Trahison, beaucoup, et pas les moindres, sont même devenus les porte-parole de multinationales et autres institutions de spéculateurs.

Aujourd’hui, en 2019, l’information libre est sur Internet. Les citoyens apprennent à s’exprimer, s’informer et trier les informations. Il est important que l’école aille au moins aussi vite que les enfants qui maîtrisent déjà les outils de lecture. Il reste à leur apprendre à écrire et à être critiques, en vrais philosophes.

Narcisse Niclass