Suisse: Décès de Valérie Boagno, qui a dirigé Le Temps de 2010 à 2014

Valérie Boagno

Valérie Boagno disparue, ses pairs lui rendent hommage

« Le Temps » ne serait pas ce qu’il est sans Valérie Boagno. Au terme d’une vie bien trop courte et d’une maladie bien trop cruelle, elle a rejoint d’autres rivages vendredi dernier, laissant ce journal et ­l’ensemble de la branche des médias romands dans un deuil douloureux

Valérie Boagno a dirigé Le Temps de 2010 à 2014, après en avoir été successivement la directrice commerciale et la directrice adjointe, années au cours desquelles j’ai eu le privilège de travailler en étroite association avec elle.

Ces responsabilités furent l’aboutissement logique de son parcours tout entier consacré à la presse, qui a commencé dans le marketing lecteurs et la commercialisation publicitaire, métiers auxquels elle s’était formée, d’abord chez l’éditeur Ringier, puis au Nouveau Quotidien, dont elle fut dès la création, en 1991, la directrice commerciale.

Audacieuse dans ses visions, rigoureuse dans leur concrétisation

Par la modernité de ses approches rédactionnelles, par son engagement au profit d’une Suisse ouverte, innovante, européenne, Le Nouveau Quotidien avait pour ambition de bousculer une presse romande assoupie. Un tel projet ne pouvait que correspondre à la manière dont Valérie Boagno concevait le métier. Sensible à tous les vents du changement social – ils soufflaient alors en rafales –, audacieuse dans ses visions, rigoureuse dans leur concrétisation, Valérie Boagno, en complicité avec le directeur du journal Jacques Pilet, a beaucoup contribué à modifier la manière dont un journal s’adresse à ses clients et à ses lecteurs, à la manière dont il fabrique son image et la communique. Elle maîtrisait le « storytelling » avant que la formule soit inventée. Non pour vendre des chimères, mais pour donner à la substance vive d’un journal que sont ses contenus la meilleure chance d’être perçus dans l’univers des valeurs qui les constitue.

Lorsque Le Nouveau Quotidien a uni ses destinées avec celles du Journal de Genève et la Gazette de Lausanne pour créer Le Temps, en 1998, Valérie Boagno a tout naturellement été la cheville ouvrière de l’organisation commerciale du nouveau titre, avant d’accéder, par étapes, aux plus hautes responsabilités. Valérie avait en parts égales les compétences techniques et cette approche sensible qui lui permettait de sentir, de manière infaillible, de quoi l’âme de ce journal « de référence » était constituée. Elle le connaissait autant qu’elle l’aimait. Elle exigeait de lui la plus haute qualité en tout : dans les contenus comme dans les campagnes publicitaires, dans les partenariats institutionnels comme dans les services au lecteur. Maîtrisant toutes les dimensions du métier, elle savait les réunir en un ensemble cohérent, pensé jusque dans les moindres détails sur lesquels elle exerçait un contrôle rigoureux.

Le Temps, 8 juillet 2019