24 Heures rend hommage à Jean-Marie Vodoz 

Ancien rédacteur en chef de « 24 heures », Jean-Marie Vodoz a quitté la scène. À la tête de ce journal durant 14 ans, le journaliste et défenseur de la langue française est décédé dimanche. Il avait 89 ans.

Jean-Marie Vodoz, rédacteur en chef de « 24 heures » de 1977 à 1991, s’est éteint dans la nuit de samedi à dimanche. De son profil, ceux qui ont fréquenté ce journal dans les années 1980 se rappellent une silhouette élancée qu’une pipe prolongeait élégamment. L’homme impressionnait par sa stature intellectuelle et son accent distingué.

Après des études de droit à Lausanne, il s’était formé à Paris avant de travailler à la « Feuille d’Avis de Neuchâtel », puis de rejoindre la «Gazette de Lausanne», réputée de haut vol. Fils du conseiller d’État libéral Antoine Vodoz, il était imprégné de la culture libérale conservatrice vaudoise, proche de la Ligue du même nom.

Sa fille, Sophie Vodoz, évoque le souvenir d’un grand lecteur, un homme « très secret » qui s’est révélé à ses enfants lors des dernières années de sa vie. « Il avait été traumatisé par la mort de son propre père, parti brusquement d’une leucémie alors qu’il n’avait que 15 ans. Cela l’avait endurci. » Son fils Luc se rappelle un père très pris: «On le voyait le samedi. Mais pendant les vacances c’était un père tendre.»

Un bel esprit

Jean-Marie Vodoz était passionné de son métier. «Il n’a pas arrêté après sa retraite, poursuit sa fille. Il a été médiateur et écrivait aussi des articles pour la « Berner Zeitung » et la « St. Galler Tagblatt ». Ce n’est qu’à l’âge de 75 ans qu’il a cessé ses activités, à regret.Père de six enfants, Jean-Marie Vodoz a été marié trois fois. Son épouse actuelle, Péruvienne d’origine, lui a donné l’occasion de voyager en Amérique latine. Sophie Vodoz note que cette ouverture a eu pour effet de le rendre plus sensible aux causes humanitaires.

À « 24 heures » (« Feuille d’Avis de Lausanne » au moment où il y est entré, en 1967), Jean-Marie Vodoz s’est occupé de politique nationale. Gian Pozzy, alors jeune rédacteur, se rappelle un bel esprit. « Il avait des réflexions fulgurantes, toujours bien exprimées. » À une époque où, comme le dit Gian Pozzy, « 24 heures » était lu comme « l’Évangile » dans le canton, le style de Jean-Marie Vodoz («la plus belle plume de la rédaction ») en imposait. Cela nous amène à l’autre passion du journaliste : le français.

En défenseur infatigable de la langue de Voltaire, il faisait la chasse aux tournures calamiteuses et autres méconnaissances. Il fut la cheville ouvrière du Bec d’Or, un concours sanctionnant les bonnes et moins bonnes formules publicitaires. Sous sa direction, les anglicismes dans les titres et les articles étaient strictement proscrits, relevant de la « sous­culture », de la « non-langue ».

« Il avait des réflexions fulgurantes, toujours bien exprimées »

Jean-Marie Vodoz a été tour à tour président de l’Association suisse des journalistes de langue française, de l’Union internationale de la presse francophone et de la Fondation Défense du français. François Mitterrand l’a nommé membre du Haut Conseil de la francophonie.

Pas de censure

Au-delà des questions de forme, le rédacteur a préconisé le débat d’idées. Sa fille mentionne qu’il ouvrit les colonnes du journal aux lecteurs,lançant le fameux «Courrier des lecteurs». « C’était pendant l’initiative Schwarzenbach (ndlr: qui exigeait de limiter l’immigration, italienne en l’occurrence). Mon père ne voulait pas de censure. Il y avait à craindre des débordements de propos xénophobes, mais les choses se sont finalement bien déroulées. »

Jean-Marie Vodoz a été remplacé à la tête de « 24 heures » par Fabien Dunand, puis par Gian Pozzy en 1992. Il resta cependant en poste jusqu’à sa retraite, en 1995.

Publié par 24 Heures le 3 juin 2019 Par Lise Bourgeois