Le kdo de No L de JC A la Nique

Jean-Claude Allanic, journaliste, membre de l’Union internationale de la presse francophone.

Plus C court, plus C bon. J’ai donc décidé de me mettre, 7 fois 6 (ne pas prononcer le x), aux SMS. Comme G de la chance, Google m’a conseillé de parler de « textos » plutôt que de « Short Messages Service ». Je pratique donc, désormais, le français abrégé. Mais comme je suis un francophone intransigeant, je rejette tous les anglicismes qui polluent notre belle langue internationale. Pas question d’écrire LOL ; je préfère MDR. Et je déteste les « smileys ». Pour autant, je n’aime pas le mot « émoticône » qui me renvoie à mes (mauvais) souvenirs de géométrie où mon professeur – on ne disait pas « professeure » – tentait vainement de m’intéresser à ces objets tridimensionnels composés d’un cercle au centre duquel passe un axe. J’ai une nette préférence pour les mots « binette » ou « frimousse » préconisés par l’Académie française ; bien que je me vois mal envoyer une frimousse à mon rédacteur en chef de peur qu’il pense que je me fiche de sa binette. L’1conVnian des SMS, C qu’il fo 1 mobile (comme dans les crimes) ou si vous préférez un téléphone « élégant » autrement dit « intelligent ».

La C de passer ma vie sur mon « smartphone », j’ai allumé ma télé pour regarder le JT. Et là, à mon plus grand désarroi, j’ai constaté qu’on y pratiquait un langage à l’inverse de SMS. Le principe, c’est plus c’est long, plus c’est bon. On n’utilise plus l’adjectif « capable » mais on dit « en capacité ». On n’est plus « responsable » (et parfois coupable) mais « en responsabilité ».

Rien ne vaut une bonne périphrase pour remplacer une phrase toute simple. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Il y a trop d’accidents sur les routes ? Une sénatrice alsacienne appelle les pouvoirs publics à réduire « l’accidentologie ». «L’auteure» de cette phrase pensait-elle briller par ce langage quelque peu amphigourique ou voulait-elle diminuer les crédits des chercheurs spécialisés ?

Ceci n’empêche pas nos élu(e)s en capacité d’être en responsabilité d’aimer les « petites phrases » : « oui mais », « gagnant-gagnant », « lui c’est lui et moi c’est moi », « travailler plus pour gagner plus » et autres slogans. Louis XIV avait lancé la mode avec son « L’Etat, c’est moi ». Depuis Mélenchon a fait sacrément mieux avec son « Je suis la République ». On peut se demander quel sera l’impact politique de cette peu modeste figure de rhétorique.

L’anglicisme « impacter » est justement à la mode chez les journalistes. Nous sommes désormais « impactés » à toutes les sauces : par le changement climatique, le prix de l’essence, le Brexit, la pollution, l’augmentation des loyers et le nombre croissant de trottinettes électriques sur les trottoirs. Pour un peu, on ferait appel à des cellules psychologiques pour nous « désimpacter ». Dans la série des nouveaux tics linguistiques, il ne faut pas oublier l’invasion en force des « territoires » dans le langage politico-médiatique. Les provinces, les régions, les communes, voire les pays, c’est du passé. Dorénavant, il faut dire « territoires ». J’ai donc entendu un confrère évoquer, sur une radio, une réunion des territoires de l’Europe à Bruxelles. On est loin de l’Europe des nations chère à De Gaulle.

A propos du Brexit, on peut toujours espérer que cela nous libérera d’une certaine emprise de l’anglais. Que, l’année prochaine, les magasins « Vert Baudet » ne présenteront plus, dans leurs publicités, les « jouets must-have pour les enfants de 0 à 6 ans ». Et qu’on n’entendra plus un ministre répondre à un journaliste qui lui reprochait de ne pas être assez en contact avec « les gens » : « mais si, je fais souvent des stands up sur les marchés». L’amusant de l’histoire est que les dictionnaires nous disent qu’un stand up est « un spectacle humoristique où un comique fait son show, debout, seul sur scène ». Je propose une « standing ovation » pour ce ministre ! A moins que, comme on disait autrefois, on le renvoie, avec tous les massacreurs de notre langue, à ses chères études… de français. Evidemment.


Chronique de Jean Claude Allanic, Mon kdo de No L, publiée le 4 décembre 2018 sur le site de l’Union internationale de la presse francophone.

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