« Boire en Suisse »

La Suisse est un très beau pays plein de montagnes, de lacs et de… Suisses, qui ne sont pas forcément petits, contrairement à ce que Yoplait® et Danone® cherchent à nous faire croire.

D’abord, afin de lever le doute que peut laisser germer l’homonymie, quand on dit « en Suisse », cela ne veut pas dire « dans le pays qui s’appelle la Suisse » mais bien « comme un Suisse ».

Cette expression pourrait donc laisser croire que les Suisses sont profondément solitaires, surtout lorsqu’il s’agit de boire. Pourtant, pour en avoir fréquenté quelques-uns dans une vie antérieure, je peux vous garantir qu’ils peuvent faire d’excellents et chaleureux compagnons de beuverie, et qu’ils ne sont pas les derniers à lever le coude.
Alors d’où vient cette assimilation entre le Suisse et une forme de plaisir solitaire ?

D’abord, on sait que Vidocq, en 1800 et quelques, utilisait l’expression « boire avec son Suisse ». Comme si chacun avait le sien, personnel, rien qu’à lui. Parallèllement on disait aussi « faire Suisse ».
Ce n’est qu’après 1920 que la forme « en Suisse » apparaît.

Une chose semble admise par les lexicographes, c’est que notre Suisse vient du milieu militaire.
Ainsi, en 1833, on lit « le soldat a pour point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul […] et on dirait de lui: il boit avec son Suisse ».
Puis, plus tard, on lit également « […] un soldat français ne boit jamais seul, ne doit pas faire Suisse […] ».

Reste à savoir d’où provient ce fameux Suisse. Et là, on se perd un peu en conjectures.
Même si le lien avec notre expression n’apparaît pas vraiment, il faut d’abord rappeler que, dès le XVIIe siècle, on disait « boire comme un Suisse » pour « boire beaucoup ».

Selon Gaston Esnault, la locution viendrait des gardes suisses de l’Ancien Régime. D’après lui, le Suisse étant germanique, il ne sait pas ce qu’est la tournée française, il paye son propre verre et donc, il boit ‘seul’, n’invite pas ses collègues.

Selon Lorédan Larchey, le suisse n’est pas l’habitant du pays du même nom, mais le concierge ou le portier, selon l’ancienne dénomination qu’on donnait à cette personne.
Mais d’où viendrait le fait qu’on ne doit pas « boire avec son suisse » ? Larchey écrit que c’est une « ironie inventée pour rappeler quelque engagé d’opulente famille aux règles de la fraternité » pour dire que le militaire issu d’une famille riche doit quand même se mêler aux autres et ne pas se contenter de boire avec son suisse, le concierge de la famille.

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