« Un journal, c’est bien plus que du papier »


Francis Morel et Jean-Michel Salvator

Francis Morel, patron de presse, et Jean-Michel Salvator, journaliste, décryptent le big bang des cinquante dernières années dans les médias et se disent optimistes sur la pérennité des quotidiens avec ou sans version imprimée.

De Mai 68 aux Gilets jaunes, de Gutenberg à Zuckerberg. Les journaux ont connu un demi-siècle de bouleversements. Dans leur livre Les Journalistes sont formidables qui sort jeudi chez Calmann-Lévy, Francis Morel, ex-patron du Figaro, des Échos et du Parisien, et Jean-­Michel Salvator, qui a appartenu aux directions des rédactions d’Europe 1, du Figaro et de BFM, retracent, avec beaucoup d’anecdotes, l’histoire, les erreurs et les réussites de la presse française. Les deux anciens collaborateurs du Journal du Dimanche exposent des pistes pour sauver le journalisme et les journaux. Voici quelques extraits de leur interview au JDD.

Votre livre a pour titre Les journalistes sont formidables. Comment faut-il comprendre cette phrase ?

Francis Morel: Au premier degré. Dans le monde actuel rempli de fake news, de polémiques, de haine, l’émotionnel a pris le pas sur le rationnel. Or, nous avons besoin de gens qui analysent, réfléchissent, prennent du recul. Les journalistes, qui apportent de la rationalité, y sont indispensables.

Jean-Michel Salvator : Les blogs puis les réseaux sociaux ont forgé l’idée que l’information serait plus claire, plus honnête, plus vraie si on se passait des ­médias traditionnels. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est faux. On n’a jamais autant critiqué les journalistes mais on n’a jamais eu autant besoin d’eux

Même si le papier s’arrête, le journal et la marque continueront à exister sur le numérique

Le journal papier va-t‑il disparaître ?

F.M.: Je n’en sais rien ; pas dans un avenir proche en tout cas. Sans doute que certains disparaîtront quand d’autres dureront très longtemps. Ce qui est certain, c’est qu’on doit revoir tout le système de distribution et sauver les marchands de presse, essentiels à la démocratie. Car comment lire un journal ­imprimé si on ne le trouve pas? Il faut moderniser : à Paris, les ventes ont augmenté de 10% avec les nouveaux kiosques. Mais, même si le papier s’arrête, le journal et la marque continueront à exister sur le numérique.

N’est-ce pas choquant de parler de marque de presse ?

F.M. : Non. Je dis marque, parce que si je dis journal on pense spontanément papier. Or, un journal, c’est bien plus que du papier ; c’est du papier, du numérique, une marque.

J.-M.S.: On ne peut plus imaginer un média diffusé sur un seul canal. La marque, c’est une histoire, un ADN, une ligne éditoriale, des valeurs. C’est ce qui fait la force de la presse et lui assure un avenir.

F.M. : Jamais nos journaux n’ont eu autant de succès en se diversifiant.

J.-M.S. : Par exemple, Le Figaro, c’est un quotidien à 300.000 exemplaires, mais c’est une marque globale qui a 24 millions de lecteurs, 80 fois plus. Les plus gros sites Web sont ceux de marques historiques. Il y a peu de place pour les nouveaux entrants, à l’exception notable de Mediapart.

Samedi 27 avril 2019 / Rémy Dessarts

Source: JDD
https://www.lejdd.fr/Medias/un-journal-cest-bien-plus-que-du-papier-3895410

Laisser un commentaire